LA DÉCOUVERTE D’UN BIAÏS EN 1815 : POURQUOI LE CHAPELIER DE LACAUNE ACHETAIT-IL DES PEAUX DE LIÈVRES OU DE LAPINS ?

Dans une pièce d’un procès intervenu en 1815 pour deux meurtres de gardes forestiers survenus sur le territoire de la commune de Lacaune, on découvre le témoignage d’un chapelier de Lacaune, Louis Bouïsset.

Celui-ci raconte que le jour du crime, il avait reçu un marchand de peaux de lièvres, qui était passé près du lieu du drame. Mais que pouvait bien faire un chapelier avec de telles peaux ?

Jean Delmas, ancien directeur des archives départementales de l’Aveyron m’a donné l’explication : « Les chapeliers récupéraient les poils de lapins pour faire des chapeaux de feutre. Ils récupéraient de la même façon les poils de lièvres pour faire une feutre particulier, le taupé, qui imitait le velours. Que faisait-on de la peau elle-même? Une colle très recherchée en ébénisterie. Rien ne se perdait. »

Nota – Le chapelier Louis Bouïsset a eu un fils célèbre, le colonel Bouïsset, auteur de l’hymne saint-cyrien, La Galette

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Il y a belle lurette qu’on ne récupère plus, chez nous, les peaux de lapins. Aline Escande nous montre ici une peau de lapin tendue sur une branche de houx qui adopte une forme ronde sans casser Le tout étant exposé à l’extérieur pour le séchage naturel. Bien sûr, les peaux étaient vendues au pelharòt qui passait en criant : « Pèl de lèbre, pèl de lapin ! »Aline Escande indique, qu’avant guerre, une peilharia de Gijounet passait à Sagnens en criant ce slogan. Elle donnait un sou (5 centimes de franc) par peau.

Jean-Louis Biget, un Albigeois normalien, spécialiste de l’histoire du Languedoc médiéval indique : « Je suis originaire des campagnes profondes du Poitou et ma grand-mère faisait sécher les peaux de lapin sur une fourche de branches, tout comme vous le montrez. Après quoi, elle les vendait à un marchand qui ramassait également les oeufs et les fromages; il n’y avait pas de pelharot. J’ignore combien ces peaux étaient payées et à quoi elles servaient, mais je me souviens bien que pendant la guerre (la seconde mondiale), on en faisait des manteaux, des descentes de lit et des cols et des bordures de fourrure. »

Francis Amans, un polytechnicien de Saint-Gervais nous dit que « En face de chez mes grands-parents à Saint-Gervais, il y avait un récupérateur de peaux, et je peux te dire que le sèchoir sentait mauvais, car ma chambre était au troisième, pratiquement au-dessus. Mon grand-père vendait aussi les peaux des gros lapins de campagne, que pour cette raison, il préférait attraper au collet, ainsi la peau n’ était pas trouée, (et il économisait la cartouche!). »

 

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LA CONFRÉRIE DES MASELIERS DES MONTS DE LACAUNE VIENT DE MARQUER LE CINQUANTENAIRE DES LIENS AVEC LA DIVE BOUTEILLE DE GAILLAC

La région autour de Lacaune fabrique 10 à 15%, suivant les produits, de la salaison nationale. Les jambons, saucissons et saucisse sèche ont obtenu depuis peu le label IGP.

Cette activité est ancienne. Dès le Moyen Âge, les « maseliers de Lacaune » ont leur charte rédigée en occitan de l’époque  conservée dans le Livre Vert. Lacaune bénéficie du statut de ville franche en 1236. Un siècle plus tard, la prospérité amène les seigneurs à taxer les charcutiers. Cette richesse venue du cochon amène les Lacaunais à créer la fête du cochon, saint porc, au début de l’hiver, au premiers frimas pour favoriser une bonne conservation de la viande.

Le terme maselier, au départ signifiait boucher qui abat porcs, bœufs, moutons, il devint, à partir du xve siècle synonyme de charcutier avec la spécialisation locale. La confrérie des maseliers a été crée en 1995 par Jean Séguie, où j’ai eu l’honneur d’être intronisé. Elle est aujourd’hui présidée par Bernard Fourgassié.

Dimanche 11 février 2018, la confrérie des Maseliers des Monts de Lacaune  recevait la confrérie de la Dive Bouteille de Gaillac, emmenée par Henri Plagoles, son grand maître pour fêter le cinquantenaire du mariage entre la charcuterie de Lacaune et les vins de Gaillac.

Après l’office en l’église, c’est en mairie que Bernard Fourgassié, grand maître des maseliers, retraça l’historique où le docteur Viguier et Joachim Séguier avaient célébré le mariage de «damoiselle» charcuterie avec le «sieur» vin de Gaillac, le 31 mars 1968.

Ce 11 février, fut renouvelée la cérémonie de mariage où les présidents, maître et chancelier, pour reformuler leurs serments de fidélité et de promotion des produits.

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Didier Oberti, Henri Plageoles et Bernard Fourgassié lors du cinquantenaire

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Il y a deux ans à l’Assemblée Nationale, au cours d’un chapitre spécial, j’ai eu l’honneur d’introniser dans la Confrérie Jacques Aschenbroich, PDG de Valeo. De gauche à droite, Philippe Folliot député de la circonscription, Jacques Aschenbroich, votre serviteur, bernard Fourgassié et Didier Oberti. Au cours du même chapitre Philippe Folliot a intronisé Périgo Legasse et Bernard Fourgassié, Serge Lhermitte, délégué ministériel aux industries agroalimentaires.

UNE CHARCUTERIE QUI JOUE LA CARTE DE LA SPÉCIALITÉ POUR DES PRODUITS D’EXCELLENCE : UN FLEURON DE NOTRE ÉCONOMIE, LA CHARCUTERIE DE MILLAS

Notre zone de montagne a su utiliser l’avantage climatique pour développer la charcuterie. En occitan, tuer le cochon se dit far lo masel, d’où le nom de la confrérie locale des amoureux de cette profession : les maseliers des Monts de Lacaune qui viennent de fêter le soixantième anniversaire de leur mariage avec la Confrérie de la Dive bouteille de Gaillac. Aujourd’hui, entre 10 et 15% (suivant les produits)de la production nationale vient de notre région.

Parmi tous les producteurs, il y a une jeune entreprise exemplaire, à qui je laisse se présenter. « Notre entreprise, fondée en 1995, est située dans les Monts de Lacaune, au cœur du Parc Naturel Régional d Haut Languedoc. Nous travaillons la main dans la main avec trois éleveurs de porcs locaux, André, Jacques et le couple Carole et Dominique, avec lesquels nous avons établi ensemble un cahier des charges strict en qualité : « L’Apalhat » des porcs élevés sur de la paille, nourris avec des céréales garantis sans OGM.

Aujourd’hui, notre équipe de 12 passionnés fabrique à la main des charcuteries et des salaisons goûteuses, naturelles et saines selon les recettes et le savoir faire de nos anciens. Tous ces produits sont élaborés avec des matières premières nobles que l’on retrouve dans le pâté à l’ail rose de Lautrec, dans la saucisse sèche au Roquefort « Le vieux berger », la bougnette composée d’œufs plein air et de pain frais, et dans les soixante-trois autres produits qui composent notre gamme.

Nous nous voulons au plus près de nos clients, c’est pourquoi nous avons pris le parti de rester à leur écoute en leur vendant directement nos produits sur les marchés, dans notre boutique à Moulin-Mage, à la loge du marché couvert d’Albi et sur internet dans toute la France.

Nous sélectionnons les restaurateurs et les épiceries fines avec lesquels nous travaillon. Ils représentent un maillon indispensable à notre chaîne capable de sublimer et magnifier notre travail.

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Akim et Marie-Hélène Zérouali

 

 

Pour commander sur la boutique en ligne www.charcuterie-millas.fr

LA BRUYÈRE (LA BRUGA EN OCCITAN) EN RECUL DANS NOTRE MONTAGNE, UN GRAND DOMMAGE POUR LA BEAUTÉ DE NOS PAYSAGES

Il y a deux variétés principales dans notre montagne : la bruyère Erica et la callune. On trouve bien les deux, effectivement dans les landes sèches de Payrac.

Le mot français bruyère est d’origine gauloise, c’est la même origine que celle de l’occitan bruga.

La bruyère Erica est l’une des multiples espèces de plantes dicotylédones dans la famille des Ericacées qui inclut aussi les myrtilles. La bruyère Erica est une très jolie petite plante qui fleurit chez nous en juillet-août. Cette plante vivace est un arbrisseau qui peut atteindre de 10 à 50cm de haut. Elle pousse sur les sols siliceux sur le versant ensoleillé, côté adrets.

La disparition progressive des landes de bruyère dans nos paysages

On écobuait autrefois tous les deux ou trois ans les landes de bruyères et de ternias et toutes les bêtes raffolaient des pousses au printemps. Nous avons déjà mis sur ce blog une note sur l’écobuage.

Aujourd’hui, avec la rareté de l’écobuage, les landes sèches s’enforestent progressivement, quand ce ne sont pas les plantations de résineux qui les avaient supprimées de façon plus expéditive. Je suis heureux que mon premier acte en entrant au conseil municipal de Nages a été de contribuer à sauver les landes sèches de La Laouzéto et de Tsaquarello.

La disparition des landes sèches à bruyère est également dommageable pour les abeilles car le miel de bruyère est excellent.

L’utilisation médicinale par nos anciens

Marcel Cauquil m’a indiqué que, dans notre région, la bruyère servait à faire des tisanes pour soigner la prostate. Aimé Fourés signale son utilisation contre les calculs et pour les soins de la vessie. 

L’utilisation pour l’ornement

La bruyère servait à faire un bouquet ou à être mise comme plante d’ornement près d’une maison.

Et surtout l’utilisation de la terre de bruyère. Nous connaissons tous, à l’entrée de Cambon dans l’Espinouse, les tas de terre de bruyère. Elle se forme lors de la décomposition des bruyères. Cette terre acide de bas pH est sableuse, donc perméable, riche en humus et en silice. Dans les fermes, on allait chercher ce terreau pour planter les fleurs d’ornement. La terre de bruyère doit recevoir un complément de compost ou de fumier bien décomposé. L’avantage de la terre de bruyère pour les jardiniers est d’amener de l’acidité au sol et d’éviter la chlorose des plantes acides (rhododendrons, camélias, etc.).

L’utilisation pour les animaux

On menait les brebis manger dans les bruyères Erica, en fonction du temps, en particulier les gaudes (vieilles brebis) à l’automne. C’est à cette période qu’il y a une concentration du sucre, ce qui attire les animaux.

La bruyère fauchée avec la ternia servait comme aliment du bétail . Louis Bessière se souvient qu’à Lacaune, on allait faucher de la bruyère mélangée à de la ternia (Genêt poilu, en latin : Genista pilosa), au Plo des Parcs au début du mois de juin. On rentrait ce fourrage pour donner à manger aux bêtes pour l’hiver.

La bruyère pouvait servir aussi pour la litière des animaux, vaches ou brebis. Certains utilisaient les bruyères pour faire la litière des chiens ou des veaux, pour remplacer la paille, mais aussi pour profiter de ses qualités sanitaires.

D’autres utilisations auxquelles on ne pense pas au prime abord

L’utilisation comme balai

A Ornac, avec la bruyère, on faisait des petits balais pour faire tomber les cendres de la cheminée (partie visible du foyer) afin d’éviter de les retrouver dans la marmite.

L’aromatisation de la bière

La bruyère d’Ecosse fait partie de la recette de la bière traditionnelle écossaise Heather Ale, dans laquelle elle joue un rôle d’aromatisation en lieu et place du houblon.

Le bruc pour tasser les raisins

Dans la région de Saint-Chinian, il y a une variété de bruyère très haute, le bruc, que l’on taillait pour obtenir une souche importante. Extraite et taillée, elle servait à faire le bout d’une masse pour tasser le raisin dans les comportes. Dans la région de Laurens, jusque dans les années 1960-1970, des Italiens venaient arracher des racines pour faire des pipes. Ils restaient une quinzaine de jours et les enterraient au fur et à mesure pour qu’elles se conservent mieux.

Francis Vidal indique : « Cette bruyère haute s’appelle la bruyère arborescente. En Ardèche, elle était utilisée pour faire monter les vers à soie avant qu’ils ne se transforment en cocon (chrysalide). »

Les racines ont de belles formes et Bernadette Pons en a une comme presse-papier.

Beaucoup de noms de lieux sont liés à la bruyère Dans le cahier de Rieumontagné N° 46, Bernard Arnal note que, pour la lande à bruyère, les traces toponymiques sont abondantes. L’occitan Bruc a donné au singulier : La Brugue (Barre, Murat), La Broue (Fraïsse), La Broube (Murat), de même que Brusque en Aveyron. On trouve parfois le pluriel: leves des Brugues (Fraïsse), mais surtout le collectif/ Al Brouas, Au Brouas, Broubazal (Murat), Brugas (Moulin-Mage), Murat, Brugasse (Moulin-Mage) et probablement Le Burguet (La Salvetat, Murat où l’origine est prouvée par la forme du XIIe siècle Manso del Brugeth), Labrugayette (Barre), La Broubette (Murat). La localisation de ces landes sur les sommets se trouve fréquemment soulignée: Plo des brus (Castanet), Puech Brugairous et Puech du Brugas (Murat).

A Murat, on trouve aussi Brougo et Brougo de l’Adrets. A Nages, Brugas et Brugassou. Louis Paris signale en outre : les Brougues (les Aires), les Broues (St-Geniès-de-Varensal), le Brugas (Prémian), les Burgassés (Caussiniojouls), la Bruyère (Avène), ruisseau des Bruyères (Bousquet d’Orb). Robert Calas me signale une famille noble de Saint-Pons-de-Thomières, les de Brugairoux.

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LE HOUX (LO GRIFOL EN OCCITAN) UN ARBUSTE BIEN UTILE EN HIVER

Le houx est un arbuste à feuillage persistant produisant des fruits rouge vif. C’est une espèce végétale pouvant pousser aussi bien à l’ombre qu’en pleine lumière. Relevons que le houx est une espèce très présente en sous-bois à Payrac.

Le houx commun est un arbuste à croissance très lente et peut atteindre six mètres. Son écorce lisse est gris pâle. Ses feuilles munies d’épines acérées sont d’un vert foncé brillant sur la face supérieure et plus clair sur la face inférieure. Elles durent trois ans environ et sont disposées alternes, simples, avec un pétiole court et un limbe de cinq centimètres de long environ.

C’est une espèce avec des individus mâles et femelles séparés. Les fleurs blanches apparaissent en mai juin et sont de petite taille. Les pieds femelles ont besoin d’au moins un pied mâle dans les environs pour fructifier. Les fruits, qui n’apparaissent que sur les pieds femelles, sont de petites boules sphériques, qui contiennent quatre noyaux, enserrant une graine lignifiée. Ces fruits mûrissent en fin d’été et persistent tout l’hiver.

 

Des abris bien utiles par mauvais temps en hiver

Le houx, généralement associé au chêne et au noisetier servait à réaliser des haies de clôture fournissant un abri du vent. Il en reste encore pas mal.

L’utilisation symbolique surtout en hiver

Depuis la nuit des temps, le houx a eu la symbolique d’incarner la persistance de la vie végétale, pendant l’hiver, les boules rouges contribuant à la décoration. Ainsi les branchages de houx avec leurs baies sont largement utilisés en décoration au moment des fêtes de Noël.

La tradition chrétienne indique que, lors de la fuite en Egypte, la Sainte famille put se dissimuler dans un buisson de houx, à l’approche d’une troupe de soldats. Aussi Marie aurait souhaité que le houx restât toujours vert en souvenir de sa protection et comme symbole d’immortalité.

Autre utilisation symbolique : pour marquer la fin des travaux sur une maison, l’acabaira. On accrochait un gros bouquet de houx sur la cheminée ou sur le pignon pour marquer la protection de la maison.

 

Un aliment vert en hiver

Je me souviens que, l’hiver, ma mère m’envoyait chercher pour les lapins des branches de houx dont les feuilles n’ont qu’une pointe au bout (grifols misses) en occitan. On en donnait aussi parfois aux brebis. Les animaux mangeaient ces feuilles et rongeaient l’écorce.

Le « squelette » mis de côté servait de support pour faire sécher au soleil les champignons lorsque la saison était venue.

 

Un moyen d’appât pour le gibier

Grâce à ses fruits rouges, appelés ici la grifolina, persistants durant l’hiver, le houx est une espèce précieuse pour chasser les merles, les tourdres et les grives. On voit ainsi quelques beaux houx près de la jasse de Payrac. Le chasseur pouvait se mettre à l’espère dans la jasse et attendre sans se geler l’arrivée des oiseaux.

Par temps pluvieux, les merles et les tourdres se tenaient au bout des plus basses branches pour éviter les retombées d’eau. C’est par ces temps-là qu’on allait chasser de nuit à la luminade pour les étourdir avec une palette.

Enfin une autre utilisation du houx pour la chasse : la fabrication de la glu. L’écorce interne du houx servait à préparer la glu substance visqueuse employée pour piéger les oiseaux. Marcel Cauquil, qui en avait entendu parler, a essayé d’en faire. La recette se trouve dans le Cahier de Rieumontagné N°36 p 25 « La chasse aux gluaux ».

 

L’utilisation comme arbuste particulièrement résistant

Suivant la grosseur de son tronc, il peut servir pour faire des bâtons légers, non cassants et robustes. Il était utilisé pour faire des manches d’outils, comme pour les marguettes destinées à casser les cailloux. Avec un fourcat de houx, on faisait des frondes pour les enfants.

Après la Guerre de 39-45, une personne de Villelongue a vendu une rangée de houx à un artisan de Lacaune pour faire des robinets de barrique.

Le bois de houx est un bois apprécié des maquettistes, des marquéteurs et des tourneurs. Il est dense, à grain fin et de couleur très blanche et relativement facile à travailler.

Plus gros, les troncs de houx servaient à faire autrefois des pals, gourdins incassables avec une pointe en fer et utilisés comme outils de défense quand on s’aventurait seul dans la nuit noire.

 

La batille, la partie du fléau frappant le sol était en houx. On allait la couper à l’avance pour qu’elle soit bien sèche, devenant ainsi très résistante.

 

Pour ramoner la cheminée, on faisait des gros fagots qu’on attachait au milieu d’une corde. Il fallait deux hommes : un qui tirait en bas et l’autre sur le toit qui remontait le fagot. Le va-et-vient plusieurs fois répété ramonait le conduit de la cheminée. Il fallait les prendre plan reganhuts.

 

Dans les étables, un manche et une touffe de feuilles au bout, cela faisait un engranaire, c’est-à-dire un balai robuste. Si le manche était long, cela servait à enlever les toiles d’araignée. Sinon cela faisait un solide balai dans une étable.

Denis Oulès de Trémoulines m’a dit qu’on pendait des fagots de branches de houx bien reganhuts au dessus des vaches pour éviter qu’elles aient des brisans (dartres).

 

De petites branches de houx disposées sur les semis permettent de les protéger des oiseaux. C’était ainsi un instrument de protection des semis vis-à-vis des oiseaux.

L’utilisation pour le chauffage

Pour le chauffage, Henry Mas me rappelle que si le houx n’était pas un bois de chauffage, cependant, nos anciens, n’hésitaient pas, à l’utiliser, le cas échéant. Un dicton disait :  » Lo fraisse crèma tanlèu nàisser, lo grifol crèma totjorn, lo salés pas ges ! » Le frêne brûle aussitôt né, le houx brûle toujours, le saule jamais ! (Dictons et expressions occitanes – Henry MAS, Pèire THOUY CRPR)

La feuille de houx instrument de musique

Autrefois, on apprenait aux enfants à faire un sifflet avec une jeune feuille de houx, il fallait enlever le dessus de la feuille au milieu, en laissant la fine membrane en dessous et ensuite avec la bouche, on faisait vibrer cette membrane.

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AVEC LE FURET, LE BIAÏS POUR BRACONNER LES LAPINS SAUVAGES DANS LES GARENNES

Quelques personnes possédaient un furet pour attraper les lapins réfugiés dans les garennes. On plaçait devant chaque issue un petit filet appelé en occitan panthera et les lapins en déguerpissant se prenaient dans un filet. Normalement cette chasse était très fructueuse. Elle semble être aujourd’hui révolue.

Quand une ferme en possédait un furet, il était logé à l’étable et nourri de lait et d’œufs. On en prenait soin et, jusqu’aux années 1920, le marché de Puylaurens était le lieu de rassemblement des vendeurs et acheteurs de furets.

À l’Agast, sur la commune de Mounes-Prohencoux, derrière Barre, un certain Pinpin faisait l’élevage des furets et les vendait. Cette ferme était dans un traoucas, au milieu des bois et évidemment cette activité était clandestine, même si tout le monde était au courant. Pinpin se rendait d’ailleurs à la foire de Camarès pour en écouler.

L’inséminateur Albert Bonnet se rendait à l’Agast où ses filles l’accompagnaient un peu craintives, tant à cause de l’apparence des habitants que de l’obscurité des lieux. Depuis l’étable, on voyait la cuisine à travers le plancher tout troué. Les furets dégageaient évidemment des odeurs peu agréables. Pinpin était tellement pauvre qu’il faisait aussi le commerce des chardons pour des bouquets.

Jean Rouquet de Mounès se souvient qu’un jour, le pharmacien de Camarès lui demanda de porter un médicament à l’Agast, ce qu’il fit évidemment. Arrivé sur place et comme le veut la coutume ancestrale, Pinpin l’invite à boire un coup. Malgré une certaine appréhension, vu l’état pauvre et peu soigné des lieux, refuser serait un affront. Et là, Rouquet avait pris la précaution de faire le choix d’une liqueur et, surprise agréable, Pinpin sortit un petit verre propre et même avec un luxe de précautions, il alla chercher dans l’armoire un linge d’une blancheur immaculée pour mieux le nettoyer. Ouf, tout s’était bien passé. Ce Pinpin, profitant de sa position stratégique pour braconner lièvres, truites et écrevisses recevait des bourgeois désireux de faire un gueuleton avec des produits sauvages. En fait, ce Pinpin, Louis Tissandier, était venu d’Espalion épouser à l’Agast ,Anna Huc.

Quand Albert Bonnet et son frère voulaient se procurer des lapins, ils invitaient Pinpin à venir avec ses furets et ils allaient aux garennes près de Campouriès. Et là, comme ailleurs, lorsque les lapins sentaient l’odeur du furet, ils déguerpissaient et sortaient des garennes comme des boulets de canon. Pour les récupérer, soit on les prenait dans une panthera (ou une bourse) placée devant chaque trou, soit on les abattait d’un coup de fusil. La panthera était un petit filet en forme de poche.

Dans l’ouvrage L’enfant de la Borie, Jean Rouquet (Terre de poche) raconte (p 274 à 277) des aventures survenues avec des furets lors de parties de chasse. En particulier, il décrit ce qui arrivait quand un furet était contrefuré, ce qui veut dire qu’il avait tué devant lui un lapin qui lui bloquait la sortie. Il indique qu‘une fois, avec son père, ils se sont attaqués au rocher et ont fini par dégager sous la neige, au bout d’une semaine un furet transi de froid et ayant perdu dorénavant toute capacité. Jean Rouquet explique aussi comment on faisait ressortir un furet endormi : soit on envoyait un deuxième furet, soit on allumait, près de l’orifice en partie basse, un feu de feuilles et d’herbes, afin que la fumée circulant par tirage naturel indispose le furet appelé Catou.

Claude Rouanet : À Sauyères, pour éviter qu’un mauvais plaisant ne vienne passer la fura (furet) pour braconner des caves privées, on plaçait un poisson salé mort (una arencada) et le furet, qui ne supportait pas le sel, décédait aussitôt. Certains mettaient en place dans la garenne un système de capture, où le furet se trouvait prisonnier. À noter aussi que le furet suçait le sang du lapin et s’endormait aussitôt.

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À droite : le filet appelé en occitan panthera. À droite une gibecière

 

PAYRAC UN LIEU POUR SE REFAIRE UNE SANTÉ : SUIVEZ LE CONSEIL DE SANTÉ MAGAZINE. LE BIAÏS UNE FOIS DE PLUS RECONNU !

Le journal Santé Magazine daté de mars 2018, dans son carnet pratique, recommande dix lieux insolites en France. À côté de lieux très connus, figure la Maison de Pyrac, aménagé avec beaucoup de biaïs par une active association de bénévoles appuyés par la Communauté de communes et la commune de Nages. En outre grâce au département ont été mis en valeur  une zone humide et une lande sèche.  Voilà le texte paru :

Dans un four à pain dans le Tarn

La Maison de Payrac, à Nages, dans les Monts de Lacaune, est avant tout un musée de plein air dédié à la ruralité, wi-fi débranché et sources de lumières éloignées.
Trois hébergements sont possibles : une chambre dans la maison principale, l’ancien et immense four à pain, ainsi qu’une tente-goutte d’eau accrochée à un arbre. Le lac du Laouzas est proche, comme le sentier menant aux statues-menhirs et aux jasses du Haut Lacaunais.

10 € la nuitée. Informations au 05 63 37 12 29 et sur payrac.com.

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L’ÉTAT LOCAL DE LA FABRICATION DES FROMAGES DE ROQUEFORT EN 1875

En 1875, Maurice Bastié, un médecin de Graulhet, a publié une monographie du Tarn (LA DESCRIPTION COMPLÈTE DU DÉPARTEMENT DU TARN par MAURICE BASTIÉ, Imprimerie Noguiès d’Albi).

On a ainsi une photographie de la situation dans notre montagne, en particulier comment était en train de se développer la production du fromage de Roquefort, alors qu’en 1840, faute de moyen de transport, l’élevage des brebis ne pouvait déboucher que sur la production de moutons aptes à se déplacer seuls derrière un berger ou un maquignon qui les amenaient ainsi très loin. Avec la création des routes et des chemins de fer, la voie était libre pour le développement et l’écoulement des fromages Roquefort.

Voici donc ce qu’écrivait Bastié en 1875. Il n’y avait pas de laiteries et on trayait une seue fois le matin :

Dans plusieurs cantons montagneux de l’arrondissement de Castres, et spécialement dans ceux de Lacaune et de Murat, on fait un commerce très lucratif rn fabriquant le fromage de Roquefort. Cette industrie a pris un grand développement depuis quelques années. C’est le lait de Brebis qui est employé exclusivement pour la confection de cette espèce de fromage.

Les brebis sont traites une fois par jour, entre sept et huit heures du matin. Le lait est reçu dans des vases en bois et versé ensuite à travers un tamis dans des vases en terre vernie, et en dernier lieu dans une marmite en cuivre ; de là on le porte à la métairie, où on le mêle avec la présure faite avec la caillette d’un chevreau, dans la proportion de deux cuillerées pour 25 litres de lait. Au bout de deux heures, le caillé est formé ; on coupe alors la masse caséeuse avec une écumoire pour séparer le petit lait ; on la comprime, on la met dans une forme où elle est pétrie avec soin ; quand la pâte est suffisamment divisée, on la place dans un linge et on la remet enveloppée dans la forme, où le laisse plusieurs jours, jusqu’à ce que la masse soit devenue solide. Dès que ce résultat est obtenu, on le pose sur une table garnie d’un linge, dans un endroit très-sec, et de là le porte successivement dans deux pièces plus fraîches que la première.

Après cette épreuve il ne reste qu’à placer les fromages dans les caves du pays, où la température est de 6 à 8°.

Le plus grand nombre des fabricants, pour rendre ces fromages plus parfaits et leur faire acquérir une qualité supérieure, les transportent dans les caves de Roquefort. Chaque fromage représente dix-huit litres de lait, et pèse environ 2 kg ; on les vend 1 fr. la livre.

Ces fromages, façon Roquefort, ont une pâte excellente et sont d’une bonne conservation ; ils sont aujourd’hui très recherchés et l’objet d’un grand commerce.

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.Pour terminer, indiquons que Maurice Bastié relève dans l’ouvrage dont on a parlé ceci : « Au nord de Lacaune, tout près de la route, sur une petite éminence, on voit un beau château au centre du vaste domaine de Calmels ; il est la propriété de M. de Naurois, bien connu dans le monde agricole par la création d’un grand troupeau de southdwons et par une médaille d’or obtenue pour son exploitation dans le concours régional de 1859. »

On ne parlait pas encore de race de brebis Lacaune, mais de brebis southdwons (du nom d’une région du sud de l’Angleterre). Ce sont les croisements effectués par Ludovic de Naurois qui marquent le troupeau de Calmels, qui seront à l’origine de la race Lacaune.

LA MÉMOIRE LOCALE SUR LES LOUPS : UNE NOUVELLE PUBLICATION DU CRPR

Le Centre de Recherches du Patrimoine de Rieumontagné vient de publier un nouvel ouvrage LES LOUPS d’Olivier Razimbaud (disponible, voir http://rieumontagne.free.fr/crprsite/)

Dans cet ouvrage on découvre les méfaits des loups autrefois :

1 le décès d’un enfant de 9 ans « que les loups avaient dévoré », le 31 juillet 1760 , à la Vergne, entre La Planézié et Le Fajau (BMS de Cambon).

2 en 1788, à Castelnau-de Brassac, un enfant de 10 ans meurt des suites de ses blessures après avoir été enlevé par des loups.

3 des décès d’adultes par des loups enragés : une victime à Viane le 16 avril 1797, trois victimes à Murasson en 1787, une victime le 30 juillet 1786 à Saint-Salvi de Carcavès, une autre à Hérépian en 1772 : de Portalon seigneur de Rosis a relaté les faits en détail.

4 les dégâts intervenus sur les troupeaux, qui sont non recensés de façon exhaustive comme le sont les décès de personnes. La mémoire de l’attaque du troupeau de la Borie des Vidals est parvenue jusqu’à nous par un article de journal de Toulouse. Le 27 juillet 1857, on a trouvé 14 brebis mortes, 6 grièvement blessées et 4 à peine entamées. Les habitants indiquent qu’ils n’ont aperçu que les traces d’un seul loup.

Les loups s’attaquaient donc aux troupeaux ou aux enfants. Les adultes pouvaient être victimes de loups enragés. Les troupeaux peuvent aussi être victimes de chiens errants.

Nous avons déjà fait un chapitre sur les pièges à loup creusés dans le sol d’où les loups ne pouvaient pas ressortir.

Aujourd’hui les loups commencent à revenir dans notre environnement, après une absence complète pendant un siècle. Il convient de bien anticiper les conséquences. Le gibier sera sans doute le premier à en faire les frais, la population humaine étant bien plus faible et l’espace étant donc moins occupé par l’homme, on peut penser que la nature fournira l’essentiel de la nourriture des loups. Sinon, personne ne peut exclure les dégâts observés dans les temps anciens.

FOSSE A LOUP (7)

Piège à loup ancien du Soulié

LES FEUILLES DE CHOUX VOLÉES REMÈDE MIRACLE CONTRE LES JETEURS DE SORTS.

Autrefois, les empatufaïrés étaient soupçonnés de jeter un sort sur les vaches qui subitement n’avaient plus de lait. Le remède était simple : on allait nuitamment voler des feuilles de choux dans son jardin. On les donnait à manger aux bêtes victimes du mauvais sort jeté sur elles. Eh hop ! affaire réglée !

Trois anecdotes glanées racontent la même chose.

D’abord, Denis Oulès de Tres Molinas : «  Lo meu papeta aviá una vaca que tot d’un còp aviá pas ges de lach. Dobtavan un empatufaire que demorava dins lo vilatge. Anguèron copar de caulets dins l’òrt d’aquel òme, los balhèron a la vaca e agèt tornar de lach. »

(Mon grand-père avait une vache qui soudainement n’a plus eu de lait. On a soupçonné un jeteur de sort du village. On a été couper des feuilles de choux dans son jardin. On les a donnés à la vache qui a eu de nouveau du lait).

Ensuite, Fabienne Rieu de Campouriès raconte une histoire similaire : « Il y avait au Liamou, une vieille dame, Victorine, qui vivait pauvrement avec quatre brebis et avait une réputation qui suscitait la méfiance. Un soir, elle passe à Campouriès pour quémander. Mon grand-père était en train de traire les vaches. Et la conversation s’engage sur le trop de lait produit. Et peu de temps après la vache donnait du lait broussé. Le soupçon s’est porté sur la femme qui ne pouvait être qu’une jeteuse de sort. On a été lui voler des choux dans son jardin. On les a donnés à la vache qui, de nouveau, a eu du lait. En fait cette histoire est passée à la postérité car la vache avait laissé une feuille de chou non mangée et le grand-père qui avait monté cette affaire tout seul a été obligé de s’expliquer devant les siens sur la présence insolite d’une feuille de chou dans une étable. »

Enfin, Aimé Fourès raconte une histoire survenue à Lestiès. Une vache était devenue folle en passant devant un supposé empatufaïré. On est allé couper des feuilles de chou dans son jardin. On a donné à manger ces feuilles en les tournant à l’envers, et tout est rentré dans l’ordre !

Sans titre

Le chou miracle